Basée à Varsovie, Katarzyna Nowak accompagne depuis plus de quinze ans des candidates à des concours de beauté nationaux et régionaux à travers l’Europe de l’Est. Formée initialement au théâtre puis à la communication d’entreprise, elle a construit une méthode de préparation scénique qui emprunte autant aux techniques de l’art oratoire qu’à celles du media training utilisé dans le monde politique ou économique. Elle intervient aujourd’hui aussi bien auprès d’organisateurs de concours régionaux que de candidates individuelles souhaitant se préparer en amont d’une sélection.

Son témoignage éclaire une facette souvent méconnue de l’industrie des concours de beauté : le travail de fond, largement invisible du public, qui précède chaque apparition sur scène. Loin des clichés sur un coaching purement esthétique, elle décrit un accompagnement centré sur la confiance en soi, l’expression et la gestion du stress médiatique.

En quoi consiste concrètement votre métier au quotidien ?

Mon travail se structure autour de plusieurs axes qui n’ont, contrairement à ce que l’on imagine souvent, que peu à voir avec l’apparence physique des candidates. Je travaille sur la posture et le maintien, certes, mais surtout sur la respiration, l’articulation du discours, la gestion du regard face à une caméra ou un public, et la capacité à structurer une réponse cohérente dans un temps très court, souvent sous pression.

Une grande partie des séances porte également sur la préparation psychologique : apprendre à gérer le trac, à encaisser une question déstabilisante sans perdre ses moyens, à transformer le stress en énergie plutôt qu’en blocage. C’est un travail qui se rapproche beaucoup de ce que l’on pratique en préparation à la prise de parole professionnelle, adapté au contexte spécifique d’un concours.

Comment cette préparation a-t-elle évolué depuis vos débuts, il y a quinze ans ?

Le changement est considérable. À mes débuts, la préparation se limitait souvent à quelques conseils de posture, de démarche et d’élocution, dispensés dans les derniers jours avant la compétition. Aujourd’hui, la préparation s’étale généralement sur plusieurs mois et intègre des modules bien plus structurés : media training face caméra, gestion de crise en cas de question piège, entraînement à l’improvisation, et même des notions de base en gestion de communauté numérique.

Le saviez-vous ? Plusieurs concours régionaux d'Europe de l'Est ont introduit ces dernières années des ateliers collectifs de media training obligatoires pour toutes les finalistes, une pratique quasiment inexistante il y a encore une décennie.

Cette évolution reflète, je pense, une professionnalisation générale du secteur, qui s’aligne progressivement sur les standards utilisés dans d’autres industries de la communication et du spectacle. Le concours polonais Miss Polski, qui compte parmi les plus anciens du continent, a d’ailleurs largement fait évoluer son propre encadrement des candidates au fil des décennies, à mesure que les attentes du public et des médias se transformaient.

J’observe aussi une évolution dans le profil même des personnes qui viennent me consulter. Il y a quinze ans, la plupart des candidates arrivaient sans réelle préparation préalable, découvrant l’exercice de la prise de parole publique en même temps que la compétition elle-même. Aujourd’hui, beaucoup ont déjà suivi des cours de théâtre, de prise de parole ou de communication avant même de s’inscrire, ce qui change profondément la nature de mon travail : je pars d’une base souvent plus solide et je peux me concentrer sur des aspects plus fins de la présentation scénique.

Ce constat rejoint d’ailleurs des dynamiques observées ailleurs : Biélorussie : le concours de beauté sous contrôle de l’État offre un éclairage complémentaire sur la manière dont d’autres pays abordent des enjeux similaires.

Coach en image donnant des conseils de posture a une candidate

Quel rôle jouent désormais les réseaux sociaux dans votre travail de préparation ?

Un rôle central, et c’est probablement la transformation la plus profonde de ces dix dernières années. Autrefois, la préparation visait essentiellement un moment précis, la soirée de compétition. Aujourd’hui, les candidates évoluent dans une exposition quasi permanente, avant, pendant et après le concours, via leurs propres comptes sur les réseaux sociaux.

« On ne prépare plus seulement à un soir de compétition, on prépare à une exposition qui dure des mois, parfois des années. »

Cela m’amène à intégrer des modules spécifiques sur la gestion de l’image en ligne, la réponse aux commentaires, parfois hostiles, et la construction d’une présence cohérente sur la durée. Cette dimension rejoint d’ailleurs directement la manière dont les influenceuses est-européennes construisent aujourd’hui leur propre notoriété sur les plateformes numériques, souvent en dehors de tout cadre institutionnel classique.

Quels sont les principaux mythes que vous cherchez à déconstruire sur votre métier ?

Le mythe le plus tenace est probablement celui d’un coaching purement esthétique, centré sur l’apparence physique. Dans la réalité de mon travail, cette dimension occupe une part très marginale. L’essentiel de mon accompagnement porte sur des compétences transférables : la confiance en soi, l’articulation d’un discours, la gestion émotionnelle, la capacité à occuper un espace public sans s’y sentir écrasée.

Un autre mythe consiste à imaginer que ce travail formaterait les candidates dans un moule unique. Mon expérience me montre plutôt l’inverse : un bon accompagnement cherche à révéler et à structurer ce qui est déjà propre à chaque personnalité, plutôt qu’à imposer un modèle uniforme de présentation. Les facteurs qui distinguent une préparation réussie d’une préparation superficielle sont d’ailleurs assez identifiables :

  • Un travail approfondi sur la confiance en soi plutôt que sur la seule technique
  • Une adaptation à la personnalité de chaque candidate plutôt qu'un modèle standardisé
  • Une préparation étalée dans le temps plutôt que concentrée sur les derniers jours
  • Une attention réelle portée à la santé mentale et à la gestion du stress

Quelle est la dimension psychologique de votre métier ?

Elle est absolument centrale, bien plus qu’on ne l’imagine de l’extérieur. Beaucoup de candidates arrivent avec une appréhension forte de l’exposition publique, parfois une timidité que l’on ne soupçonnerait pas au vu de leur apparence assurée sur scène. Mon rôle consiste largement à créer un climat de confiance qui leur permette de progresser sans pression excessive, en respectant leur rythme propre.

Je travaille aussi beaucoup sur la gestion de l’échec et de la déception, car toutes les candidates ne remportent pas le concours pour lequel elles se sont préparées pendant des mois. Savoir relativiser ce résultat, tout en valorisant les compétences acquises pendant la préparation, fait partie intégrante de mon accompagnement, souvent bien après la fin officielle de la compétition.

Cette dimension psychologique m’amène régulièrement à collaborer avec des professionnels de la santé mentale lorsque j’identifie des signaux de détresse plus profonds chez une candidate, qu’ils soient liés à la pression du concours ou à des difficultés préexistantes. Je considère que mon rôle a des limites claires, et qu’il est essentiel de savoir orienter vers un accompagnement plus spécialisé plutôt que de prétendre pouvoir tout traiter par le seul biais du coaching en présentation scénique. Cette distinction entre confiance de surface et confiance réellement ancrée rejoint d’ailleurs l’analyse clinique qu’un psychologue livre sur la construction de la confiance en soi, où il explique pourquoi une assurance qui ne repose pas sur un travail de fond finit toujours par se fissurer sous pression.

Candidate est-europeenne en repetition de defile dans un studio

Au-delà des podiums, cette fascination culturelle irrigue d’autres secteurs : le panorama des codes de beauté et rituels traditionnels africains en témoigne, preuve que l’image véhiculée par les concours dépasse largement leur cadre initial.

D’autres contextes nationaux permettent d’éclairer cette question sous un angle différent, à l’image de Beauté russe en 2026 : entre tradition et regard international, qui explore une trajectoire comparable.

Comment gérez-vous la pression médiatique qui pèse sur les candidates ?

Je pense qu’il n’existe pas de recette miracle, mais plutôt un ensemble de techniques que l’on adapte à chaque personnalité. La préparation à l’improvisation face à des questions inattendues, la respiration pour gérer le trac immédiat, et surtout un travail en amont sur la clarification des valeurs personnelles de la candidate, qui lui donnent un point d’ancrage solide face à des situations imprévues.

Je recommande également, dans la mesure du possible, de limiter l’exposition aux commentaires négatifs en ligne pendant les périodes les plus intenses de la compétition, une forme d’hygiène numérique qui devient de plus en plus nécessaire à mesure que l’exposition médiatique s’intensifie sur les réseaux sociaux.

Cette gestion de la pression passe aussi par un travail d’anticipation avec l’entourage proche de la candidate, famille et amis, que j’invite souvent à comprendre les enjeux réels de cette période plutôt qu’à ajouter, sans le vouloir, une pression supplémentaire. Un entourage bien informé constitue selon moi un facteur de protection au moins aussi important que la préparation technique elle-même face aux exigences médiatiques du concours.

Travaillez-vous différemment selon les pays où vous intervenez ?

Oui, sensiblement. J’interviens principalement en Pologne, mais aussi ponctuellement dans d’autres pays d’Europe centrale et de l’Est, et je constate des attentes culturelles assez différentes selon les contextes nationaux. Certains organisateurs de concours insistent davantage sur une présentation sobre et réservée, dans la lignée de traditions locales plus pudiques, tandis que d’autres encouragent une expressivité et une spontanéité plus proches des standards médiatiques nord-américains.

Cette diversité m’oblige à adapter constamment ma méthode plutôt que d’appliquer un modèle unique. Je pense d’ailleurs que cette adaptation contextuelle est une compétence essentielle du métier, trop souvent sous-estimée par ceux qui imaginent le coaching en image comme une simple application de recettes universelles. Ce qui fonctionne pour une candidate d’un concours régional polonais ne conviendra pas nécessairement à une candidate évoluant dans un contexte culturel différent, avec ses propres codes de représentation de soi.

Pour prolonger la réflexion, Influenceuses de l’Est : les nouveaux canons de beauté digitaux propose un éclairage utile sur une problématique connexe rencontrée dans un autre pays.

Quel regard portez-vous sur les critiques adressées à votre profession ?

Je les prends au sérieux, car elles reposent souvent sur des dérives réelles observées dans certaines pratiques du secteur. Certains coachs, en particulier dans des structures peu encadrées, se concentrent effectivement sur des aspects superficiels ou entretiennent une pression excessive sur l’apparence physique, ce qui alimente à juste titre la méfiance du public envers notre métier dans son ensemble.

« Les dérives existent, je ne les nie pas, mais elles ne définissent pas l'ensemble d'une profession en pleine mutation. »

C’est précisément pour cette raison que je milite pour davantage de structuration du métier, avec des référentiels de compétences clairs qui distingueraient les pratiques sérieuses des approches plus opportunistes. Un accompagnement de qualité devrait toujours placer le bien-être psychologique de la candidate au centre, bien avant toute considération purement esthétique ou commerciale.

Pour aller plus loin sur ce sujet, Interview : une sociologue décrypte la beauté post-soviétique propose un regard complémentaire sur une problématique connexe.

Voyez-vous votre métier évoluer vers davantage de reconnaissance professionnelle ?

C’est une tendance que j’observe avec satisfaction depuis quelques années. Des formations spécifiques commencent à apparaître, certaines organisations professionnelles réfléchissent à des certifications, et le métier est de moins en moins perçu comme une activité annexe ou informelle. Cela reste toutefois un secteur peu régulé de manière homogène selon les pays, ce qui laisse encore une grande disparité dans la qualité des accompagnements proposés aux candidates.

Mon souhait, pour les années à venir, serait de voir émerger des standards de formation plus clairs pour les coachs eux-mêmes, à l’image de ce qui existe déjà dans d’autres métiers de la communication et de l’accompagnement scénique. Cela bénéficierait autant aux candidates, qui gagneraient en qualité d’accompagnement, qu’à la crédibilité globale de notre profession, encore trop souvent réduite à des clichés dépassés.

Je crois aussi que cette évolution passera par un dialogue plus étroit entre coachs, organisateurs de concours et chercheurs qui étudient ces phénomènes d’un point de vue sociologique. Les échanges que j’ai pu avoir avec des universitaires travaillant sur les représentations de la beauté dans la région m’ont d’ailleurs beaucoup apporté pour affiner ma propre pratique, en me rendant plus attentive aux enjeux structurels qui dépassent le seul accompagnement individuel d’une candidate. C’est cette mise en perspective qui, je l’espère, continuera de faire progresser un métier encore jeune mais en pleine transformation.